Écoulement de Poiseuille et équation de Hagen–Poiseuille

Dérivation pas à pas, à partir des équations de Navier–Stokes, du profil parabolique en conduite, de la relation pression–débit, de ses hypothèses et de ses limites

Publié: 10 juillet 2026

L’équation de Hagen–Poiseuille : la réponse d’abord

L’écoulement de Poiseuille est l’écoulement stationnaire et pleinement développé d’un fluide newtonien dans une conduite circulaire droite. Si la pression est plus élevée à l’entrée qu’à la sortie, la vitesse est nulle à la paroi et croît suivant une parabole jusqu’à son maximum au centre.

Pour une conduite de rayon RR, de longueur LL, un fluide de viscosité dynamique μ\mu et une chute de pression Δp=pinpout>0\Delta p=p_{\mathrm{in}}-p_{\mathrm{out}}>0, le débit volumique vaut

Q=πR4Δp8μL=πD4Δp128μL.Q=\frac{\pi R^4\Delta p}{8\mu L}=\frac{\pi D^4\Delta p}{128\mu L}.

La vitesse axiale à la distance rr de l’axe est

u(r)=Δp4μL(R2r2)=umax(1r2R2).u(r)=\frac{\Delta p}{4\mu L}(R^2-r^2)=u_{\max}\left(1-\frac{r^2}{R^2}\right).

Ces formules constituent l’équation de Hagen–Poiseuille, aussi appelée loi de Poiseuille. Elles supposent un écoulement stationnaire, incompressible, newtonien et pleinement développé dans une conduite circulaire rigide, avec non-glissement à la paroi. En dehors de ce cadre, la formule peut nécessiter une correction ou ne pas s’appliquer.

Schéma d’un écoulement entraîné par la pression dans une conduite circulaire : pression plus élevée à l’entrée, pression plus faible à la sortie, vitesse nulle à la paroi et profil de vitesse parabolique maximal sur l’axe
Écoulement de Poiseuille dans une conduite : Δp=pinpout>0\Delta p=p_{\mathrm{in}}-p_{\mathrm{out}}>0 produit un profil parabolique ; le non-glissement impose u(R)=0u(R)=0 et la vitesse atteint umaxu_{\max} sur l’axe.

Considérons une conduite circulaire droite de rayon RR, avec la coordonnée axiale z[0,L]z\in[0,L]. Posons G=dp/dz=Δp/L>0G=-dp/dz=\Delta p/L>0 pour un gradient de pression constant, où Δp=pinpout\Delta p=p_{\mathrm{in}}-p_{\mathrm{out}}. La solution de Hagen–Poiseuille des équations de Navier–Stokes incompressibles et newtoniennes est

u(r)=uz(r)ez,uz(r)=G4μ(R2r2),\mathbf{u}(r)=u_z(r)\mathbf{e}_z,\qquad u_z(r)=\frac{G}{4\mu}(R^2-r^2),

avec

umax=GR24μ,uˉ=GR28μ=umax2,Q=πR2uˉ=πGR48μ.u_{\max}=\frac{GR^2}{4\mu},\qquad \bar{u}=\frac{GR^2}{8\mu}=\frac{u_{\max}}{2},\qquad Q=\pi R^2\bar{u}=\frac{\pi GR^4}{8\mu}.

De manière équivalente, Q=πR4Δp/(8μL)=πD4Δp/(128μL)Q=\pi R^4\Delta p/(8\mu L)=\pi D^4\Delta p/(128\mu L). Ici, μ\mu est la viscosité dynamique ; la viscosité cinématique est ν=μ/ρ\nu=\mu/\rho. Le résultat suppose un écoulement stationnaire, incompressible, axisymétrique et pleinement développé d’un fluide newtonien dans une conduite circulaire droite, rigide et de rayon constant, avec un gradient de pression axial effectif constant et sans glissement.

Schéma d’un écoulement entraîné par la pression dans une conduite circulaire : pression plus élevée à l’entrée, pression plus faible à la sortie, vitesse nulle à la paroi et profil de vitesse parabolique maximal sur l’axe
Géométrie et convention de signe : Δp=pinpout>0\Delta p=p_{\mathrm{in}}-p_{\mathrm{out}}>0, G=Δp/LG=\Delta p/L, uz(R)=0u_z(R)=0 et uz(0)=umaxu_z(0)=u_{\max}.

Géométrie et hypothèses

L’équation est puissante parce qu’elle décrit une expérience très précise. Imaginons un tube long, droit et rigide, de section circulaire constante. Le fluide a atteint le même profil à chaque position en aval : il ne se développe plus depuis l’entrée. Chaque particule fluide se déplace parallèlement à l’axe de la conduite et la pression décroît uniformément le long de celle-ci.

Hypothèses de l’équation de Hagen–Poiseuille
HypothèseCe qu’elle signifieSi elle n’est pas satisfaite
StationnaireLa vitesse en chaque point ne varie pas dans le tempsLes pulsations et le démarrage exigent un modèle instationnaire
Incompressible, newtonienLa masse volumique et la viscosité dynamique sont considérées constantes ; la contrainte est proportionnelle au taux de déformationLes variations de masse volumique d’un gaz ou une viscosité dépendant du cisaillement modifient la loi
Pleinement développéLe profil axial ne varie plus vers l’avalDans la zone d’entrée, la vitesse radiale et le développement longitudinal ne sont pas nuls
Conduite droite, circulaire et rigideLe rayon RR est constant et la paroi ne se déforme pasLes conduits courbes, non circulaires, coniques ou déformables exigent une autre géométrie
Non-glissementLe fluide au contact de la paroi immobile a une vitesse axiale nulleUn glissement modifie la condition à la limite et la conductance

Qualifier l’écoulement de laminaire signifie que ce profil ordonné se réalise physiquement, au lieu d’être remplacé par un état perturbé ou turbulent. Cela ne fait pas du nombre de Reynolds un interrupteur universel ; la transition dépend des perturbations et du dispositif.

Utilisons les coordonnées cylindriques (r,θ,z)(r,\theta,z) et l’ansatz

u=uz(r)ez,p=p(z).\mathbf{u}=u_z(r)\mathbf{e}_z,\qquad p=p(z).

Le régime stationnaire donne tu=0\partial_t\mathbf{u}=0 ; l’écoulement pleinement développé donne zuz=0\partial_z u_z=0 ; l’axisymétrie donne θuz=0\partial_\theta u_z=0 ; enfin, les composantes radiale et azimutale de la vitesse sont nulles. Une force volumique axiale conservative, telle qu’une gravité uniforme le long d’une conduite inclinée, peut être absorbée dans une pression effective. Sinon, son terme axial doit être conservé explicitement.

Les conditions aux limites et de régularité sont

uz(R)=0,uz(0) finie,uz(0)=0.u_z(R)=0,\qquad u_z(0)\text{ finie},\qquad u_z'(0)=0.

La condition de non-glissement fournit la valeur à la paroi. La finitude et l’axisymétrie éliminent un terme d’intégration logarithmique en r=0r=0. Pour une conduite physique de longueur finie, ce profil décrit une région pleinement développée, loin des effets d’entrée et de sortie ; il ne constitue pas la solution complète de l’entrée à la sortie.

Dérivation du profil de vitesse parabolique

Partons de l’équation réduite et multiplions-la par rr :

ddr(rdudr)=Gμr.\frac{d}{dr}\left(r\frac{du}{dr}\right)=-\frac{G}{\mu}r.

Intégrons une première fois. La symétrie exclut un terme singulier au centre, d’où

dudr=G2μr.\frac{du}{dr}=-\frac{G}{2\mu}r.

Intégrons à nouveau :

u(r)=G4μr2+C.u(r)=-\frac{G}{4\mu}r^2+C.

Le non-glissement impose u(R)=0u(R)=0, donc C=GR2/(4μ)C=GR^2/(4\mu). Par conséquent,

u(r)=G4μ(R2r2).u(r)=\frac{G}{4\mu}(R^2-r^2).

La courbe est une parabole. Elle est nulle pour r=Rr=R, symétrique autour de l’axe et maximale pour r=0r=0. Sous forme normalisée, toute la famille possède la même forme :

u(r)umax=1(rR)2.\frac{u(r)}{u_{\max}}=1-\left(\frac{r}{R}\right)^2.

L’intégration de

ddr(ruz)=Gμr\frac{d}{dr}(ru_z')=-\frac{G}{\mu}r

donne

ruz=G2μr2+C1,uz=G2μr+C1r.ru_z'=-\frac{G}{2\mu}r^2+C_1,\qquad u_z'=-\frac{G}{2\mu}r+\frac{C_1}{r}.

Si C10C_1\ne0, une seconde intégration produit C1logrC_1\log r, qui est singulier sur l’axe de la conduite. La régularité sur l’axe impose donc C1=0C_1=0. Une seconde intégration donne

uz(r)=G4μr2+C2.u_z(r)=-\frac{G}{4\mu}r^2+C_2.

La condition de non-glissement uz(R)=0u_z(R)=0 fixe C2=GR2/(4μ)C_2=GR^2/(4\mu), d’où

uz(r)=G4μ(R2r2).u_z(r)=\frac{G}{4\mu}(R^2-r^2).

On en déduit directement uz(0)=0u_z'(0)=0 et umax=uz(0)=GR2/(4μ)u_{\max}=u_z(0)=GR^2/(4\mu). Avec r^=r/R\hat r=r/R et u^=uz/umax\hat u=u_z/u_{\max}, le profil adimensionné est u^=1r^2\hat u=1-\hat r^2.

Débit, vitesse moyenne, résistance et cisaillement pariétal

Le profil de vitesse indique la vitesse de chaque anneau circulaire de fluide. Additionnons ces anneaux sur la section :

Q=AudA=0Ru(r)2πrdr=πR4Δp8μL.Q=\int_Au\,dA=\int_0^R u(r)\,2\pi r\,dr=\frac{\pi R^4\Delta p}{8\mu L}.

En divisant par l’aire de la section, on obtient la vitesse moyenne, exactement égale à la moitié de la vitesse sur l’axe :

uˉ=QπR2=ΔpR28μL=umax2.\bar u=\frac{Q}{\pi R^2}=\frac{\Delta p R^2}{8\mu L}=\frac{u_{\max}}{2}.

La même équation s’écrit comme une loi de résistance entre pression et débit :

Δp=RhQ,Rh=8μLπR4.\Delta p=\mathcal{R}_hQ,\qquad \mathcal{R}_h=\frac{8\mu L}{\pi R^4}.

Elle rappelle la loi d’Ohm : la chute de pression joue le rôle de la tension, le débit volumique celui du courant et Rh\mathcal{R}_h celui de la résistance hydraulique. L’analogie n’est exacte que tant que les hypothèses linéaires de Poiseuille sont satisfaites.

La valeur absolue du cisaillement visqueux est maximale à la paroi :

τw=ΔpR2L.|\tau_w|=\frac{\Delta p R}{2L}.

Pour un profil axisymétrique, dA=2πrdrdA=2\pi r\,dr, donc

Q=2π0RG4μ(R2r2)rdr=πGR48μ.Q=2\pi\int_0^R\frac{G}{4\mu}(R^2-r^2)r\,dr=\frac{\pi GR^4}{8\mu}.

Ainsi,

uˉ=QπR2=GR28μ,umax=2uˉ.\bar u=\frac{Q}{\pi R^2}=\frac{GR^2}{8\mu},\qquad u_{\max}=2\bar u.

En substituant G=Δp/LG=\Delta p/L, on obtient les deux formes usuelles :

Q=πR4Δp8μL=πD4Δp128μL,Δp=128μLQπD4.Q=\frac{\pi R^4\Delta p}{8\mu L}=\frac{\pi D^4\Delta p}{128\mu L},\qquad \Delta p=\frac{128\mu LQ}{\pi D^4}.

La composante de cisaillement est

τrz=μduzdr=G2r.\tau_{rz}=\mu\frac{du_z}{dr}=-\frac{G}{2}r.

Son signe indique que la traction visqueuse s’oppose au mouvement vers l’aval ; sa valeur absolue à la paroi est τw=GR/2=ΔpR/(2L)|\tau_w|=GR/2=\Delta pR/(2L). La résistance hydraulique Rh=8μL/(πR4)\mathcal{R}_h=8\mu L/(\pi R^4) vaut pour le tube circulaire et le régime linéaire spécifiés, pas pour des conduits quelconques ni des réseaux turbulents.

Exemple numérique avec unités

Prenons un fluide newtonien proche de l’eau, de viscosité μ=1.00×103Pas\mu=1.00\times10^{-3}\,\mathrm{Pa\,s}, dans une conduite de rayon R=1.00mmR=1.00\,\mathrm{mm} et de longueur L=1.00mL=1.00\,\mathrm{m}. Appliquons une chute de pression Δp=1.00kPa\Delta p=1.00\,\mathrm{kPa}.

Convertissons les millimètres en mètres avant d’élever à la puissance quatre : R=1.00×103mR=1.00\times10^{-3}\,\mathrm{m}, donc R4=1.00×1012m4R^4=1.00\times10^{-12}\,\mathrm{m^4}. Alors

Q=π(1.00×103)4(1.00×103)8(1.00×103)(1.00)=3.93×107m3/s.Q=\frac{\pi(1.00\times10^{-3})^4(1.00\times10^3)}{8(1.00\times10^{-3})(1.00)}=3.93\times10^{-7}\,\mathrm{m^3/s}.

Soit 0.393mL/s0.393\,\mathrm{mL/s}. La vitesse moyenne vaut

uˉ=QπR2=0.125m/s,\bar u=\frac{Q}{\pi R^2}=0.125\,\mathrm{m/s},

et la vitesse sur l’axe vaut umax=0.250m/su_{\max}=0.250\,\mathrm{m/s}. Avec ρ=1000kg/m3\rho=1000\,\mathrm{kg/m^3}, on obtient ReD=ρuˉD/μ=250\mathrm{Re}_D=\rho\bar uD/\mu=250, valeur compatible avec un écoulement laminaire ordonné dans une conduite lisse et bien contrôlée.

Les unités offrent un bon moyen de repérer une erreur : R4Δp/(μL)R^4\Delta p/(\mu L) se réduit à m3/s\mathrm{m^3/s}.

Avec μ=103Pas\mu=10^{-3}\,\mathrm{Pa\,s}, R=103mR=10^{-3}\,\mathrm{m}, L=1mL=1\,\mathrm{m} et Δp=103Pa\Delta p=10^3\,\mathrm{Pa},

G=ΔpL=103Pa/m,Q=πGR48μ=3.927×107m3/s.G=\frac{\Delta p}{L}=10^3\,\mathrm{Pa/m},\qquad Q=\frac{\pi GR^4}{8\mu}=3.927\times10^{-7}\,\mathrm{m^3/s}.

Puisque A=πR2=3.142×106m2A=\pi R^2=3.142\times10^{-6}\,\mathrm{m^2},

uˉ=0.125m/s,umax=0.250m/s,τw=GR2=0.500Pa.\bar u=0.125\,\mathrm{m/s},\qquad u_{\max}=0.250\,\mathrm{m/s},\qquad |\tau_w|=\frac{GR}{2}=0.500\,\mathrm{Pa}.

Pour ρ=1000kg/m3\rho=1000\,\mathrm{kg/m^3} et D=2R=2×103mD=2R=2\times10^{-3}\,\mathrm{m}, ReD=250\mathrm{Re}_D=250. La vérification dimensionnelle est

[R]4[Δp][μ][L]=m4(kgm1s2)(kgm1s1)m=m3/s.\frac{[R]^4[\Delta p]}{[\mu][L]}=\frac{\mathrm{m^4}(\mathrm{kg\,m^{-1}s^{-2}})}{(\mathrm{kg\,m^{-1}s^{-1}})\mathrm{m}}=\mathrm{m^3/s}.

Les valeurs d’entrée sont illustratives ; elles ne constituent pas une prédiction étalonnée pour un dispositif particulier.

Pourquoi la puissance quatre est déterminante

À chute de pression, longueur et viscosité fixées, doubler le rayon multiplie QQ par 24=162^4=16. Diviser le rayon par deux réduit le débit à 1/161/16. Cette sensibilité extrême est la caractéristique la plus connue de la loi de Poiseuille.

Deux facteurs se combinent pour produire R4R^4. Une conduite plus large offre une plus grande aire, qui contribue approximativement comme R2R^2. Elle permet aussi à la parabole des vitesses de devenir plus haute : la vitesse moyenne elle-même croît comme R2R^2. L’aire multipliée par la vitesse moyenne donne R4R^4.

La loi sert à estimer la résistance de capillaires circulaires, à concevoir des expériences en régime laminaire et à interpréter les viscosimètres capillaires. Des idées similaires de relation pression–débit guident la microfluidique, mais nombre de microcanaux sont rectangulaires plutôt que circulaires ; leur coefficient de conductance est donc différent.

Les écoulements biologiques demandent une prudence particulière. La formule peut fournir une approximation dans certains petits vaisseaux, mais le sang peut être non newtonien, l’écoulement pulsatile et les parois vasculaires déformables. Ce n’est pas un modèle complet d’une artère, et l’équation seule ne doit pas servir à tirer une conclusion médicale.

À partir de

Q=πΔp8μLR4,Q=\frac{\pi\Delta p}{8\mu L}R^4,

les sensibilités logarithmiques sont logQ/logR=4\partial\log Q/\partial\log R=4, logQ/logΔp=1\partial\log Q/\partial\log\Delta p=1, logQ/logμ=1\partial\log Q/\partial\log\mu=-1 et logQ/logL=1\partial\log Q/\partial\log L=-1, à condition de maintenir les autres variables et le régime du modèle fixes.

La dépendance en R4R^4 se factorise selon Q=AuˉQ=A\bar u, avec AR2A\sim R^2 et uˉGR2/μ\bar u\sim GR^2/\mu. Modifier RR peut aussi modifier ReD\mathrm{Re}_D : à GG fixé, uˉR2\bar u\sim R^2 et DRD\sim R, donc ReDR3\mathrm{Re}_D\sim R^3. Une variation suffisamment grande du rayon peut ainsi rendre impossible la réalisation physique laminaire avant que la prédiction extrapolée en R4R^4 ne soit atteinte.

Pour les conduits non circulaires, un écoulement newtonien pleinement développé et entraîné par la pression conserve une relation de conductance linéaire, mais le facteur géométrique résulte de la résolution d’un problème de Poisson sur la section ; remplacer simplement le rayon par un rayon hydraulique dans la formule circulaire en R4R^4 ne donne pas en général un résultat exact.

Quand la loi de Poiseuille ne s’applique pas

Avant d’utiliser l’équation, comparons le problème physique à ses hypothèses.

  • Près de l’entrée : le profil est encore en développement et possède une composante radiale ; la solution pleinement développée est donc incomplète.
  • Écoulement perturbé ou turbulent en conduite : le profil laminaire parabolique peut ne pas être l’état observé. Un nombre de Reynolds fondé sur le diamètre voisin de 2 300 est un repère d’ingénierie courant, pas un théorème universel.
  • Fluides non newtoniens : les rhéologies rhéofluidifiantes, rhéoépaississantes, à seuil et autres produisent des profils et des relations pression–débit différents.
  • Écoulement fortement instationnaire ou pulsatile : l’inertie introduit une dépendance temporelle et un déphasage ; une formule stationnaire instantanée peut manquer la dynamique.
  • Écoulement compressible : des variations importantes de masse volumique le long de la conduite exigent des relations de débit massique et de thermodynamique.
  • Autres limites ou géométries : glissement à la paroi, parois poreuses, conduites courbes ou coniques, sections non circulaires et parois déformables modifient le problème.

Dans le modèle idéal pleinement développé, le champ parabolique reste une solution stationnaire exacte de Navier–Stokes pour toute valeur des paramètres. Ce qui change avec le nombre de Reynolds, c’est la capacité de cet état à persister sous des perturbations réelles et à décrire l’écoulement observé. Pour approfondir, consultez le nombre de Reynolds et la turbulence.

La valeur souvent citée ReD2300\mathrm{Re}_D\approx2300 est une convention de transition en ingénierie, pas une frontière d’existence nette pour la formule. Ici,

ReD=ρuˉDμ=uˉDν.\mathrm{Re}_D=\frac{\rho\bar uD}{\mu}=\frac{\bar uD}{\nu}.

Le champ de Hagen–Poiseuille est une solution exacte des équations idéales pleinement développées même lorsque la valeur numérique du nombre de Reynolds est plus élevée. La transition concerne la stabilité, les perturbations finies, les conditions d’entrée, la rugosité de la paroi et la réalisation physique de la solution laminaire. La bonne question de validation n’est donc pas seulement Re est-il inférieur à 2300 ?, mais aussi : la géométrie, la loi de comportement, les conditions aux limites, la longueur d’établissement et l’environnement perturbateur correspondent-ils au modèle ?

Pour des gradients de pression instationnaires dans une conduite circulaire rigide, le problème de Womersley remplace le profil stationnaire. Les fluides newtoniens généralisés modifient la relation constitutive entre τrz\tau_{rz} et duz/drdu_z/dr. Les écoulements compressibles couplent la masse volumique à la pression et à la température. Les sections non circulaires remplacent l’EDO radiale par un problème de Poisson bidimensionnel. Chacun constitue une réduction différente, et non une correction que l’on peut toujours dissimuler dans μ\mu ou RR.

Darcy–Weisbach, coefficient de frottement et problème ouvert

Pour un écoulement laminaire pleinement développé dans une conduite circulaire, la loi de Poiseuille et l’équation de perte de charge de Darcy–Weisbach expriment le même résultat avec des notations différentes. Avec la vitesse moyenne uˉ\bar u et le diamètre DD,

Δp=fDLDρuˉ22,fD=64ReD.\Delta p=f_D\frac{L}{D}\frac{\rho\bar u^2}{2},\qquad f_D=\frac{64}{\mathrm{Re}_D}.

Ici, fDf_D est le coefficient de frottement de Darcy. Le coefficient de frottement de Fanning est quatre fois plus petit, soit 16/ReD16/\mathrm{Re}_D ; cette différence est une source fréquente d’erreurs d’un facteur quatre.

Cette solution exacte précise aussi ce qui est résolu, ou non, pour Navier–Stokes. Nous avons complètement résolu cet écoulement stationnaire hautement symétrique. Nous n’avons pas démontré que tout écoulement incompressible tridimensionnel issu de données initiales lisses reste lisse pour toujours. La géométrie de Poiseuille supprime l’auto-advection non linéaire qui est au cœur de la difficulté générale.

Poursuivez avec le catalogue des solutions exactes de Navier–Stokes, ou consultez le problème d’existence et de régularité pour l’énoncé qui reste ouvert.

La loi de Poiseuille donne Δp=32μLuˉ/D2\Delta p=32\mu L\bar u/D^2. En l’identifiant à la forme de Darcy–Weisbach

Δp=fDLDρuˉ22\Delta p=f_D\frac{L}{D}\frac{\rho\bar u^2}{2}

on obtient

fD=64μρuˉD=64ReD.f_D=\frac{64\mu}{\rho\bar uD}=\frac{64}{\mathrm{Re}_D}.

Il s’agit du coefficient de frottement de Darcy pour un écoulement laminaire pleinement développé d’un fluide newtonien dans une conduite circulaire ; la convention de Fanning donne fF=fD/4=16/ReDf_F=f_D/4=16/\mathrm{Re}_D.

La dérivation aboutit parce que l’ansatz invariant u=uz(r)ez\mathbf{u}=u_z(r)\mathbf{e}_z annule (u)u(\mathbf{u}\cdot\nabla)\mathbf{u} et réduit l’EDP à un problème radial coercif aux limites. Le problème de Clay porte sur de vastes classes de données tridimensionnelles lisses et à divergence nulle, dont l’évolution ne possède pas une telle symétrie. Une solution globale explicite ne démontre ni la régularité globale pour toutes les données admissibles, ni l’existence d’un exemple de singularité.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que l’équation de Hagen–Poiseuille ?
Dans une conduite circulaire droite, le débit volumique vaut Q=πR4Δp/(8μL)Q=\pi R^4\Delta p/(8\mu L) sous les hypothèses d’un écoulement stationnaire, incompressible, newtonien, pleinement développé et sans glissement.

Pourquoi le profil de Poiseuille est-il parabolique ?
Un gradient de pression constant équilibre la diffusion visqueuse. Dans une conduite circulaire, intégrer deux fois le laplacien radial et appliquer la symétrie sur l’axe ainsi que le non-glissement donne u(r)R2r2u(r)\propto R^2-r^2.

Quelle relation existe-t-il entre la vitesse maximale et la vitesse moyenne ?
Pour le profil de Poiseuille dans une conduite circulaire, umax=2uˉu_{\max}=2\bar u.

Pourquoi le débit dépend-il de la quatrième puissance du rayon ?
L’aire de la section apporte un facteur R2R^2, tandis que la vitesse moyenne croît elle aussi comme R2R^2 à gradient de pression et viscosité fixés. Leur produit donne QR4Q\propto R^4.

La loi de Poiseuille s’applique-t-elle à l’écoulement sanguin ?
Uniquement comme approximation limitée lorsque les hypothèses de tube rigide, de fluide newtonien, de régime stationnaire et d’écoulement pleinement développé sont raisonnables. La pulsatilité, la déformabilité des vaisseaux, les bifurcations et le comportement non newtonien peuvent tous jouer un rôle.

Qu’est-ce que l’équation de Hagen–Poiseuille ?
Sous les hypothèses énoncées pour une conduite circulaire, Q=πR4Δp/(8μL)=πD4Δp/(128μL)Q=\pi R^4\Delta p/(8\mu L)=\pi D^4\Delta p/(128\mu L) et uz(r)=Δp(R2r2)/(4μL)u_z(r)=\Delta p(R^2-r^2)/(4\mu L).

Pourquoi le profil de Poiseuille est-il parabolique ?
L’équation axiale r1(ruz)=G/μr^{-1}(ru_z')'=-G/\mu s’intègre en un polynôme du second degré une fois le mode singulier logr\log r exclu et la condition uz(R)=0u_z(R)=0 imposée.

Quelle relation existe-t-il entre la vitesse maximale et la vitesse moyenne ?
L’intégration sur l’aire donne uˉ=GR2/(8μ)\bar u=GR^2/(8\mu), tandis que umax=GR2/(4μ)u_{\max}=GR^2/(4\mu) ; ainsi, umax=2uˉu_{\max}=2\bar u.

Pourquoi le débit dépend-il de la quatrième puissance du rayon ?
À GG et μ\mu fixés, l’échelle de la section est R2R^2 et celle de la vitesse est GR2/μGR^2/\mu, d’où QGR4/μQ\sim GR^4/\mu.

La loi de Poiseuille s’applique-t-elle à l’écoulement sanguin ?
Elle peut servir d’idéalisation locale, pas de loi hémodynamique universelle. Une utilisation défendable doit prendre en compte la rhéologie non newtonienne, la pulsatilité, la déformabilité, les bifurcations et les effets d’établissement.

Sources et lectures complémentaires

Références principales utilisées pour cette page

Les formules de cette page sont également vérifiées directement par substitution dans les équations de Navier–Stokes incompressibles affichées.

Limites de ce que chaque source établit

  • L’An Introduction to Fluid Dynamics de Batchelor étaye le cadre incompressible newtonien et la réduction standard conduisant à cet écoulement exact.
  • La section 14.7 d’OpenStax étaye la présentation accessible de la loi, la signification des variables, la dépendance à la viscosité et le cadre laminaire.
  • La revue historique de Sutera et Skalak ainsi que l’article de Hagen de 1839 étayent la provenance historique, et non les affirmations modernes couvrant tous les régimes constitutifs ou de stabilité.
  • La description officielle de Clay par Fefferman étaye la distinction entre cette solution particulière et le problème général de régularité en trois dimensions.

L’exemple numérique emploie des valeurs illustratives explicitement indiquées. La valeur ReD2300\mathrm{Re}_D\approx2300 est volontairement présentée comme un repère d’ingénierie et non comme un seuil mathématique universel.